Affaire du Courrier de Lyon
1796

L’affaire du courrier de Lyon est la plus mémorable erreur judiciaire de l’histoire de France.

Elle démontre la fragilité des témoignages humains.

Le procès de Lesurques et de ses prétendus complices se déroule en août 1796. Devant le tribunal de la Seine comparaissent six hommes. Outre Lesurques, les accusés se nomment Couriol, Guénot, Richard, Bruer et Bernard.

Ils sont déférés devant les juges pour l’attaque d’une malle poste transportant 7 millions d’assignats destinés à l’armée d’Italie. Le 28 avril précédent, on a retrouvé, non loin de Melun, la voiture vidée de son chargement et les cadavres lacérés du postillon et du courrier. Il n’y avait aucune trace du seul voyageur monté à Paris dans la malle poste, un dénommé Laborde, marchand de vins.

Les enquêtes menées à Melun et Paris amènent donc à l’arrestation des hommes cités plus haut.

Lesurques clame que tout cela est un terrible malentendu et que le procès prouvera son innocence. Mais en 4 jours son sort est réglé de façon tragique.

Le premier jour des audiences

On fait comparaître un à un tous les témoins, dont les dépositions sont accablantes, 8 d’entre eux affirment avoir vu Lesurques à l’auberge de Montgeron, neuf sont catégoriques sur la présence de Couriol. Guénot, Bruer et Bernard ont contre eux 2 témoignages. Bernard n’est reconnu par personne. De plus les relations suivies entre Lesruques, Couriol et Richard ne sont pas en leur faveur. En effet, 4 jours avant l'attaque de la malle-poste, on les verra déjeuner tous les 3 ensembles.

Le deuxième jour des audiences

Consacrée à la défense, seul espoir de Lesurques. En effet pendant la nuit, son défenseur, Guéroult, a retrouvé un bijoutier du Palais Royal, Joseph Legrand, qui atteste la présence de Lesurques dans sa boutique le 27 avril pour un achat. L’alibi est irréfutable, d’autant plus que Legrand présente son livre de comptes qui mentionne, à cette date, l’achat d’une cuillère par le citoyen Lesurques.

Plusieurs personnes, qui se trouvaient dans la maison de Legrand ou dans les environs, viennent aussi affirmer que Lesurques était bien au Palais Royal le jour où on l’accuse de s’être trouvé à l’auberge de Montgeron.

Malheureusement, Daubanton remarque que, sur le livre de comptes de Legrand, il y a une rature qui rend la date illisible.... Pour le juge, Legrand et les autres témoins à décharge ont été achetés par Lesurques qui n’a donc plus d’alibi.

Le troisième jour des audiences

Legrand revient sur sa déposition. D’autres témoignages ne font que rendre l’affaire encore plus confuse. Aussi, lorsque l’accusateur public prononce son réquisitoire, il charge particulièrement Lesurques, qui n’a pas hésité à suborner des témoins.

Le quatrième jour des audiences

Le président Gohier, déclare les débats clos. Les jurés se retirent pour délibérer. A 8 heures du soir, le chef du jury Robillard, donne le verdict : Couriol, Lesurques, Bernard et Richard sont reconnus coupables, Guénot et Bruer sont mis hors de cause. Pour Couriol, Lesurques et Bernard, c’est la peine de mort. Au moment de quitter la salle d’audience, Couriol crie que Lesurques est complètement étranger à l’attaque de la malle poste et que les témoins ont été abusés par sa ressemblance étonnante avec un dénommé Dubosc, véritable coupable et absent.

Mais sa démarche trop tardive est inutile. Le 9 brumaire, Couriol, Lesurques et Bernard sont guillotinés. Une ultime fois Couriol affirme sur l’échafaud "Lesurques est innocent".

Après le verdict, un membre du conseil des Cinq cents, reprend toute l'enquête, alors qu'il a été sursis à l'exécution. L'auteur du rapport, un certain Siméon a visiblement cherché de bonne foi des raisons d'admettre l'innocence de Lesurques. Au terme de son rapport, il conclut : "Lesurques est jugé, il est valablement jugé".

Suite à l’exécution, le juge Daubanton éprouve des doutes, et il reprend l’enquête.

Quelques mois plus tard, il retrouve le mystérieux passager de la malle poste, le soi-disant Laborde, dont le nom véritable est Durochat. L’homme avoue sa participation à l’attaque du courrier et donne le nom de ses complices, Roussi, Vidal, Couriol et Dubosc.

Retrouvé, arrêté et jugé en décembre 1800, Dubosc nie formellement toute participation à l’affaire.

Les témoins reviennent une seconde fois à la barre et accablent à nouveau Lesurques. La femme Alfroy, de Lieusaint, est la seule à revenir sur son premier témoignage. Le citoyen Perrault dira : "Je ne crois pas que je me sois trompé en désignant Lesurques, mais je suis sûr de ne pas me tromper en disant que je ne reconnais pas du tout celui-ci".

Daubanton a demandé qu’à chaque séance du tribunal se trouve le buste de Lesurques. Le président ordonne de prendre la perruque blonde qui coiffe ce buste et de la poser sur la tête de Dubosc, dont la chevelure est brune.

A la vue de cet homme devenue blond, la plupart des témoins n’ont plus d’hésitations et reconnaissent que c’est bien Dubosc et non Lesurques qu’ils ont vu à Montgeron. Dubosc est donc guillotiné.

Lesurques innocent ? Beaucoup d'historiens pensent qu'il est d'une façon ou d'une autre mêlé à l'attaque du Courrier de Lyon, qu'il se trouvait bel et bien sur les lieux du crime mais qu'il aurait dû être acquitté au bénéfice du doute...

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